interview de Lavelle Smith danseur et chorégraphe de Michael
28 août 1997 - Black & White

Comment votre carrière de danseur a-t-elle débuté ?
Je crois que tout a commencé quand je suis monté sur scène pour la première fois... J'avais cinq ans! Quelques années plus tard, àl'âge de treize ans, j'ai intégré une école du spectacle pour les enfants qui se destinent àun métier artistique.
Mes parents m'ont toujours poussé àexprimer ma sensibilité pour les arts. J'ai pris des cours de piano, violon, clarinette... Parallèlement, j'ai fait beaucoup de gymnastique et de natation. Mais j'ai toujours adoré danser, j'aimais tellement ça que j'ai décidé de tout arrêter pour me consacrer entièrement àla danse. Tout le reste m'ennuyait.
À 16 ans, j'ai eu mon premier engagement en tant que danseur; j'ai ensuite quitté la petite ville dans laquelle je vivais pour aller àChicago. Là-bas, j'ai été engagé dans une troupe de danseurs. Deux ans plus tard, à18 ans, j'ai obtenu mon premier véritable rôle dans une grande production. Je faisais un numéro en solo pour un film "La Folle Journée de Ferris Bueller". Mais, malheureusement, la scène a été coupée au montage...
Plus tard, le réalisateur du film m'a proposé de venir àLos Angeles et de travailler sur la tournée de Diana Ross. J'ai accepté. C'était la première fois que je faisais quelque chose d'aussi important.
À 18 ans, quels étaient vos projets, vos ambitions ?
Je voulais être acteur et j'ai tout fait pour le devenir. Mais, malgré mes efforts, j'ai été remarqué comme danseur, et non comme acteur. Quoi qu'il en soit, j'ai toujours envie de devenir acteur. Je vais reprendre les études prochainement, je vais m'inscrire àl'école de cinéma de Los Angeles.
Comment la collaboration avec Michael Jackson a-t-elle commencé ?
Depuis que j'avais travaillé sur la tournée de Diana Ross, je vivais àLos Angeles. Un jour, j'ai entendu parler d'une audition et je m'y suis rendu. Environ 300 garçons et 400 filles se sont présentés àcette audition. On a dansé sur une chorégraphie de ballet.
Au final, seuls trente danseurs ont été retenus. Dix allaient être les danseurs de premier plan et vingt seraient làen accompagnement. Par chance, je faisais partie des dix premiers sélectionnés. Cette audition était pour le court métrage Smooth Criminal...
Est-ce qu'on vous avait annoncé que vous étiez làpour un projet avec Michael Jackson ?
On nous l'a dit, mais pas tout de suite. La nouvelle a été annoncée vers le milieu des auditions, quand nous étions déjàbeaucoup moins nombreux. Quoi qu'il en soit, ça n'avait pas beaucoup d'importance pour nous; les danseurs ont besoin de travailler, peu importe pour qui ils travaillent, il faut qu'ils vivent! Cependant, je me souviens que, quand nous avons appris que c'était pour Michael Jackson, tout le monde a fait: "Waaaah!".
Quelle image de Michael Jackson aviez-vous ?
J'ai toujours pensé que Michael était un danseur extraordinaire. J'ai toujours eu une grande admiration pour lui.
À quel moment l'avez-vous rencontré pour le première fois ?
Michael n'est pas arrivé sur le plateau de Smooth Criminal tout de suite. Nous avons répété sans lui pendant environ un mois. Quand il est arrivé, nous étions parfaitement au point et l'ambiance était extraordinaire. Nous avons pu commencer àtourner très rapidement.
Un mois plus tard, alors que nous avions fini Smooth Criminal, on m'a appelé pour me proposer de participer àla tournée Bad. Sur le moment, j'ai cru que c'était une plaisanterie que mes copains me faisaient. J'ai raccroché le téléphone au milieu de la conversation, je ne trouvais pas ça drôle!
Mais la personne m'a rappelé et m'a dit que ça n'était pas une blague, que la proposition était sérieuse.
Comment se sont passés les préparatifs de cette tournée ?
Nous avons répété pendant plusieurs semaines àLos Angeles, ensuite, nous somme partis pour le Japon. J'étais fou de joie, c'était la première fois que je quittais les États-Unis. Je ressentais quelque chose d'extraordinaire, le fait d'être sur scène avec une légende... Je me souviens que chaque soir -et c'est encore vrai aujourd'hui- je me disais: "est-ce que je suis en train de rêver? C'est incroyable!". Ma mère ne m'a pas cru quand je lui ai dit que je partais en tournée avec Michael Jackson. Elle m'a dit: "Oui, bien sûr, tu pars en tournée avec Michael Jackson, c'est évident!" Mais c'était vrai! Et me voilà, aujourd'hui, toujours là. Je n'en reviens pas...
Est-ce que vous avez le trac avant de monter sur scène ?
Non, je n'ai jamais eu peur. Je ressens de l'excitation avant de monter sur scène, je suis impatient. Danser devant un public, c'est toute ma vie. C'est une sensation formidable, je vis pour ça.
Quelle sensation ressent-on lorsque l'on danse sur scène devant des dizaines de milliers de gens ?
On se sent libre! Entier. On a l'impression de faire ce qu'il a de mieux au monde, au bon endroit. Si je pouvais, je vivrais sur scène...
De 1987 àaujourd'hui, vous avez donné plus de 250 concerts avec Michael. C'est phénoménal....
Plus de 250 concerts?! Vraiment!. Je n'y avais jamais pensé comme ça... Mes enfants ne me croiront jamais quand je le leur dirai! Ce que je peux dire, c'est que je n'ai manqué aucun de tous ces concerts! Je garde vraiment d'excellents souvenirs de ces tournées...
Quel souvenir gardez-vous en particulier ?
J'adore quand Michael nous fait venir, Travis et moi, dans sa suite (Lavelle Smith travaille depuis 1989 avec un autre danseur du nom de Travis Payne. Ils ont créé leur propre compagnie et participent ensemble àtous les projets de Michael. Ndlr). C'est toujours un grand moment quand Michael nous demande de venir dans sa chambre pour travailler des chorégraphies. Il se fait toujours installer une piste de danse dans sa suite, entourée de miroirs. Nous dansons tous les trois comme ça pendant des heures. C'est fantastique.
Quand vous êtes sur scène, n'arrive-t-il jamais qu'un incident se produise ?
Si, ce sont des choses qui arrivent. Je me souviens d'une fois, pendant le Bad Tour, l'un des danseurs m'a accidentellement donné un coup de poing et mon micro est tombé. D'ailleurs, je crois bien que son micro est tombé aussi.... Je le revois encore en train de courir pour rattraper les micros qui roulaient sur la scène. J'en ris aujourd'hui, mais sur le moment, c'était horrible.
Quelle a été votre première expérience en tant que chorégraphe ?
Barry Lather, l'un de mes amis, devait travailler sur une tournée des Rolling Stones en tant que chorégraphe et il m'a demandé d'être son assistant. J'ai accepté. Quelques semaines plus tard, Barry s'est retiré du projet et, à23 ans, je me suis retrouvé seul pour assumer toutes les chorégraphies de la tournée. Ce fut très dur mais je ne regrette pas cette expérience.
Comment créez-vous les chorégraphies ?
Il y a plusieurs façons de faire. Parfois, on peut chercher des mouvements devant une glace. Il arrive aussi qu'on se réveille en pleine nuit avec une idée en tête. Quand ça se produit, il est souvent impossible de se rendormir avant d'avoir reproduit l'idée précise que vous aviez àl'esprit! Parfois, il suffit simplement d'écouter la musique et de la laisser vous parler. La musique dicte souvent les mouvements. Il n'y a pas vraiment une méthode unique pour créer une chorégraphie. Il arrive que je travaille seul,ou avec Travis et Michael.
Comment travaille-t-on àtrois ?
C'est très beau lorsque nous travaillons àtrois. Ça peut sembler bizarre, mais ça ne l'est pas. En tant qu'êtres humains, nous sommes tous différents les uns des autres, mais le secret d'une collaboration enrichissante, c'est justement de tirer profit de ces différences. Il faut qu'il y ait un échange. Il faut faire preuve de générosité, ne pas penser que ses propres idées sont les meilleures. Michael, Travis et moi sommes très ouverts, nous n'avons pas de problèmes lorsque nous travaillons ensemble.
Pouvez-vous nous parler de l'une des idées que vous avez eues et qui a plu àMichael ?
Prenons par exemple la chorégraphie de Dangerous... Si je devais citer des éléments particuliers que j'ai apporté àce numéro, ce seraient sans doute les bruitages. Quand nous dansons, àplusieurs reprises, il y a des sons d'explosions qui marquent certains mouvements. Voilàl'une des idées que j'avais eues pour cette chorégraphie.
Justement àpropos de Dangerous, pouvez-vous nous parler de la première version de cette chorégraphie, celle que vous avez interprétée pour la première fois pendant les American Music Awards en 1993 et que vous avez ensuite reproduite sur scène pendant la seconde partie du Dangerous Tour ?
En effet, il y a eu une première version de la chorégraphie de Dangerous. Michael, Travis et moi avons une conception particulière de la danse: rien n'est jamais achevé, terminé, fini. une œuvre continue àvivre, àse développer. Après avoir donné cette première version de Dangerous, nous avons modifié le numéro. Nous l'avons transformé et présenté pour la première fois au cours des MTV Awards 1995. Ce numéro a d'ailleurs encore changé depuis; il y a deux semaines de cela, nous avons ajouté des bruitages juste après "Le Bon, la Brute et le Truand", le passage où tout est au ralenti. Nous voulons toujours améliorer le numéro...
Êtes-vous maintenant satisfait de la version actuelle ?
Elle n'est pas encore complètement achevée! Mais, je l'adore. Michael l'adore aussi et, àvrai dire, c'est le plus important pour moi.
Je me souviens de la soirée qui avait lieu après votre prestation pour l'émission allemande "Wetten Dass...?" en 1995. Vous étiez avec tous les danseurs et vous avez regardé votre performance àplusieurs reprises. Est-ce que c'est quelque chose que vous faites systématiquement ?
Non, mais, cette fois-là, c'était magique. C'était la première fois que nous étions tous pleinement satisfaits de notre prestation. Nous étions tous venus de Los Angeles, nous étions fatigués àcause du décalage horaire, néanmoins, nous avons réussi àdonner le meilleur de nous-mêmes. Le numéro était propre! Après le spectacle, Michael m'a dit: "c'était tellement propre!". C'était notre meilleure performance de Dangerous.
C'était plus réussi que votre prestation pour les MTV Awards 1995 ?
Oui, bien plus réussi. Plus propre, plus précis, plus classe. Cette soirée en Allemagne a été magique.
Quand avez-vous commencé àtravailler sur la chorégraphie de Dangerous ?
En fait, lorsque j'ai commencé àcréer les premiers pas, je ne savais pas qu'ils serviraient plus tard àla chorégraphie de Dangerous. Les mouvements me venaient petit àpetit et c'est au moment où j'ai entendu Dangerous que j'ai su qu'ils conviendraient parfaitement àcette chanson. J'ai aussitôt appelé Michael et je lui ai dit qu'il fallait que je vienne au ranch pour lui montrer ce que j'avais fait. Quand il a vu la chorégraphie, il a aimé et nous avons commencé àla travailler ensemble. Michael a apporté de nombreuses idées. Ce qu'il y a de formidable avec lui, c'est qu'ils nous laisse libres; il nous guide, mais il nous laisse libres.
Tout le numéro de Dangerous est venu très vite. Quelques jours après avoir commencé àle travailler, nous avons fait venir Brad Buxer [le directeur musical des tournées Dangerous et HIStory] et nous lui avons demandé de mettre des bruitages àcertains moments de la chanson, des explosions, des coups de feu... En moins d'une demi-heure, nous avions la bande sonore de Dangerous! La chorégraphie de GHOSTS en comparaison, a été beaucoup plus longue àmettre au point. Nous nous sommes creusés la tête pour trouver des mouvements originaux. Michael nous avait demandés de concevoir quelque chose de neuf, de frais. Alors, nous avons pris notre temps. Je voulais offrir quelque chose de bien àMichael. Je suis très dur avec moi, je ne suis satisfait que lorsque Michael est satisfait, et encore...
Dangerous est incontestablement un numéro très abouti du point de vue chorégraphie...
Nous avons travaillé ce morceau de deux manières différentes. La première mise en scène que nous avons réalisée, vous la connaissez, c'est celle dont nous venons de parler. Cependant, il en existe une autre que vous n'avez jamais vue. En décembre 1995, nous avions un nouveau Dangerous àprésenter au monde. Nous allions l'inaugurer pendant le concert HBO qui devait avoir lieu au Beacon Theatre de New York. Ce numéro était unique en son genre, vraiment incroyable. Michael l'adorait, tout le monde l'adorait. Ce serait devenu un classique; la musique était différente, tout le concept était différent. Un jour, nous présenterons ce numéro au public... Ce concept pour HBO a demandé beaucoup de travail mais nous nous sommes vraiment éclatés dessus.
Verra-t-on ce spectacle un jour ?
Oui, vous le verrez. Et ça cassera la baraque... un jour, je le sais, Michael m'appellera et me dira: "allons-y, faisons ce show".
En tant que chorégraphe, y a-t-il une différence entre le travail que vous faites sur une chanson lente et une chanson rapide ?
Lorsque l'on crée la chorégraphie d'un morceau, on ne doit pas seulement prendre en considération la danse, il y a également la mise en scène. Pour une chanson lente, la mise en scène a beaucoup d'importance.
Avec Travis Payne, vous avez notamment signé la chorégraphie de Earth Song pour les Brit Awards et les World Music Awards...
C'est vrai. D'ailleurs, le numéro que nous avons fait pour les Brit Awards est celui que je préfère.
Kenny Ortega [le metteur en scène des tournées Dangerous et HIStory] l'a mis en scène. Il a eu l'idée de cette grande structure métallique qui s'ouvre et laisse apparaître cette lumière magnifique et attirante. Je trouve que le résultat final était superbe.
En 1989, vous avez travaillé avec Janet sur sa tournée et ses clips. Quelles différences y a-t-il entre elles et Michael ?
C'est difficile àdire. Ils travaillent tous les deux très dur et j'aime ça. Janet est peut-être un peu plus spontanée et Michael plus réfléchi, mais, comme ils se donnent tous les deux àfond, j'aime beaucoup travaillé avec eux.
Comment s'est passé le tournage du clip de Scream?
C'était génial! Mais c'était très éprouvant physiquement. On arrivait au studio vers 18 heures et, très souvent, on ne tournait pas avant 7h du matin. Tout le monde était mort de fatigue...
Comment se fait-il que vous ne dansiez pas dans le film GHOSTS?
Michael m'a dit qu'il pensait que ce serait bon que je sois avec Stan Winston derrière la caméra, pour le conseiller. Mais, comme j'avais très envie de danser, je me suis tout de même posé la question: "est-ce que je peux faire deux choses en même temps, danser et être derrière la caméra?". Je suis finalement arrivé àla conclusion que ça n'était pas possible. Plus tard, pendant le tournage, j'ai compris que Michael avait raison, je ne pouvais pas faire les deux. J'aurais sans arrêt été en train de courir: difficile de danser et se regarder en même temps !
L'une de vos plus parfaites prestations scéniques avec Michael est sans doute celle que vous avez donnée àNew York pour les Grammy Awards 1988. L'album Bad n'avait gagné aucune des récompenses pour lesquelles il était nommé, c'était écœurant d'injustice. Quel souvenir gardez-vous de cette soirée?
Je garde un excellent souvenir de cette soirée, mais je me souviens que nous assistions àune véritable injustice, c'était terrible... Quoi qu'il en soit, nous sommes quand même montés sur scène et nous avons dansé... et nous les avons soufflés. À la fin du numéro, toute la salle était debout, tout le monde applaudissait. Cette soirée illustrait bien l'une des règles principales du show-business: les choses ne sont pas toujours justes.
Ce soir-làpendant qu'il chantait Man In The Mirror, Michael s'est laissé tomber plusieurs fois sur les genoux...
Oui! Il aurait dû mettre ses genouillères, mais il a oublié... Lorsque l'on danse, il arrive parfois que l'on fasse un mouvement risqué; après coup, on se dit: "qu'est-ce que j'ai fait?", mais sur le moment, on sent que c'est la bonne chose àfaire. À chaque fois que nous répétions ce numéro avec Michael, je lui disais de ne pas oublier ses genouillères. Parfois, il y pensait, parfois il oubliait.
Il m'avait dit que, de toute façon, il ne tomberait pas sur les genoux pendant le numéro, mais, finalement, il a fait et j'ai eu mal pour lui. Croyez-moi, c'est très douloureux...
La plupart des fans regrettent que vous n'avez pas interprété Remember The Time sur scène pendant les dernières tournées...
Personnellement, ça n'est pas quelque chose que je regrette...
Pourquoi ?
Cette chorégraphie n'est pas l'une de mes préférées. Certaines mouvements ne sont pas agréables àfaire. Toutes les chorégraphies ne sont pas agréables àdanser. Je suis honnête avec vous! Je suis content de ne pas danser Remember The Time sur scène. J'adore la chanson et la vidéo, mais pas la chorégraphie.
Maintenant que votre réputation vous précède, vous n'avez plus àpasser d'auditions...
C'est vrai. La vie est plus facile pour moi maintenant, et je le dois àMichael. Après le Bad Tour, quand je suis rentré chez moi, j'ai commencé àrecevoir des propositions, les gens m'appelaient. Je n'allais plus jamais passer d'auditions...
Pour finir, quel conseil donneriez-vous aux fans qui dansent et voudraient un jour suivre votre exemple ?
Le monde de la danse est très dur, mais, si l'on a la volonté, si l'on abandonne jamais et que l'on travaille très dur, tous les espoirs sont permis. Avant tout il faut être préparé àtravailler très dur; et plus on a de connaissances, meilleures sont les chances; il faut donc étudier le plus possible.
Source : Black & White / Michael Jackson Millennium / mjackson.fr

































