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L'abus Culturel De Michael Jackson


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4 réponses à ce sujet

#1 angele003

angele003

    C'est par la musique qu'a commencé l'indiscipline

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Posté 10 décembre 2011 - 11:12

"Suis-je la bête que vous vous représentez?"
L'abus culturel de Michael Jackson

 

by Joe Vogel




C'est évident pour tout le monde depuis maintenant quelques semaines: C'est le procès du docteur de Michael Jackson, non pas celui de la star. Mais bien sûr, nous savons la vérité. C'est le procès de «La mort de Michael Jackson ». Il est, comme toujours, le personnage principal, la star du spectacle. C'est lui que l'on passe sous le microscope, et dont nous connaissons les moindres détails de la vie, dont sa maison, ses soins médicaux et même son corps. Et alors que le grand public est désormais plus sympathique à l'égard de Jackson depuis sa mort, il reste une source de jugements perpétuels.


Est-ce que tout cela est important, maintenant que l'homme ne peut plus sentir l'abus? Est-ce qu'une personne normale devrait s'inquiéter du traitement d'une célébrité comme Jackson ? Les analyses telles que Words & Violence [cf Analyse : Les Mots Et Leur Violence ] qui mettent en évidence nos comportements gênants, disent oui. Oui, les mots ont un impact. Qu'importe la cible. Les mots, comme les récents suicides de jeunes nous l'ont montré, peuvent amener à des fins tragiques.


Ils peuvent aussi être utilisés de manière à inspirer ou guérir.
Michael Jackson le savait. En 1988, Ryan White, son ami victime du sida, un jeune garçon a dû quitter son école de Kokomo (Indiana) à cause des assauts verbaux, des menaces et de la violence dont il était victime. White a déclaré que Jackson l'aidait à se sentir « normal. » Il importait peu à Michael que vous soyez blanc ou noir, quel était votre handicap, quelle était votre maladie», se souvient Jeanne, la mère de Ryan White. « Il aimait simplement tous les enfants ».
White est l'une des milliers de personnes que Jackson a traité gentiment, qu'il a aidé et dont il est devenu l'ami. Il s'identifiait à eux. Il comprenait leur peine et leur solitude. Il avait de l'empathie pour leur combat contre ce monde qui refuse de les accepter pour ce qu'ils sont, que ce soit à cause d'une maladie, de leur apparence physique, de leur race, de leur orientation sexuelle ou autre.


Même dans sa jeunesse, Jackson avait cette sensibilité. Écoutez donc la chanson « Ben ». On sent la douleur véritable et la compassion dans la chanson de Jackson (« Ils ne te voient pas tel que je te vois/J'aimerais juste qu'ils essaient ») La chanson peut être considérée comme l'un des premiers messages artistiques de Jackson envers les marginaux et les incompris. Bien d'autres suivront.


Le rôle d'outsider de Jackson a commencé dans son enfance (car à aucun moment Jackson ne se sentait « normal » et il n'a jamais été perçu comme tel). Dès lors l'intensité et l'hostilité ont provoqué une accentuation de sa différence. Dans son essai de 1996 « La folie de la célébrité ; « La grotesque gloire de Michael Jackson », David Yuan avançait que Michael Jackson était le « fou » par excellence de l'époque. Aucune autre personnalité publique dans le monde n'avait ce degré de ridicule et ne laissait autant les gens s'interroger. Au début de l'année 1985, les tabloids ont commencé à surnommer Jackson « Wacko Jacko », un terme qu'il abhorrait (toujours certains journaux le surnomment « Jacko »). Dans la presse il était fréquemment décrit comme quelqu'un de « bizarre », « étrange » et « excentrique ». En effet, on évoquait très peu ce qu'il faisait ou disait depuis les années 1980 dans la presse.


On s'est moqué de la maladie de peau de Jackson, dont la plupart des gens doutaient jusqu'à ce qu'elle soit confirmée dans le rapport d'autopsie. On s'est moqué de son amour pour les animaux, de son amour pour les enfants, de son amour pour la planète. On s'est moqué de lui à cause de ses mariages, de ses trois enfants, on s'est moqué de son ranch. On a spéculé sur sa sexualité, on s'est moqué de sa voix, de son comportement enfantin. Même les critiques musicaux ne pouvaient pas s'empêcher de remplir leurs colonnes de pseudo psychanalyses et d'assauts ad hominem. N'est-il pas évident que ce traitement de la part des médias et du monde de la culture en général était abusif ?


La victime de ces attaques déshumanisantes le pensait certainement. Écoutez les paroles de ses chansons. Dans « Tabloid Junkie » il décrit les medias de masse tels des parasites qui absorberaient sa vie, en droguant/ distrayant le grand public avec une forte dose de sensationnalisme. Dans « Stranger In Moscow » il est un artiste en exil, usé et dénigré par son propre pays. « J'errais sous la pluie», il prend le rôle du vagabond esseulé, «Masque de la vie/Je sens la folie m'habiter ».


Dans «Scream» il en a marre d'être harassé, il implore «oh mon frère, s'il te plait ait pitié, parce que je ne peux plus le supporter». La chanson, toutefois, sert également de vecteur de force (« Vous me jetez à terre/Je dois me relever»). Michael et sa sœur Janet délivrent un pamphlet contre un système qu'ils considèrent comme injuste et corrompu. « Vous vendez vos âmes,» Janet chante dans un couplet «Mais je me soucie de la mienne» C'est une chanson de défi, qui traite de la capacité à faire face à la cruauté, même si la douleur et l'indignation sont à leur paroxysme, elles ne peuvent être exprimées que via un cri guttural.


Dans bien des chansons, Jackson utilise sa musique tel un appel de ralliement envers ceux qui ont subi le même traitement. Dans « They Don't Care About Us », il prend pour témoin les affranchis et les malmenés. « Que sont devenus mes droits, » chante-t-il, «suis-je invisible parce que vous ne me voyez pas?» "Little Susie" attire l'attention sur l'abandon et la négligence, elle raconte l'histoire d'une jeune fille dont personne ne se souciait, jusqu'à ce qu'elle ait été retrouvée morte en haut des escaliers de sa maison. « Prenez-la avec soin' Jackson chante, «Oh, le sang dans ses cheveux»), «Earth Song» offre une lamentation épique sur le sort de notre planète et de ses habitants les plus vulnérables (représentés par les chœurs passionnés, « Qu'en est-il de nous ? » Au travers de telles chansons (tout comme au travers de sa vie et de son personnage), Jackson est devenu une sorte de représentation globale de «l'autre».


Les médias classiques n'ont jamais vraiment prêté attention à l'autre Michael Jackson, tout comme ils ne prêtaient pas attention aux "autres" dont il parle dans ses chansons. Ils préfèrent employer des termes et utiliser des sujets simples et profitables- qualifier Jackson de "fou excentrique"-et cela pendant une trentaine d'années.


Peut-être que la réponse à cette vision que le public a de Jackson se situe dans son trio de chansons Gothiques : "Ghosts", "Is It Scary' et "Threatened". C'est dans ces trois chansons que Jackson brandit un miroir à la société qui l'écorne en lui demandant de regarder son propre reflet grotesque. "Est-ce effrayant pour toi?" Demande-t-il. La chanson et les visuels qui l'accompagnent, ne sont pas seulement des représentations de la conscience du chanteur, mais aident à comprendre le caractère toxique des forces qui l'entourent et qui le hantent.


Dans le moyen métrage "Ghosts", le Maire de Normal Valley (une métaphore conservatrice de l'autorité, inspirée en partie par le procureur de Santa Barbara, Tom Sneddon) insulte le personnage de Jackson: 'Tu es un monstre! Une bête de foire." Notons que le rôle du maire est interprété par Jackson lui même. Il ne fait aucun doute que Jackson a intériorisé ces mots. Ce sont des insultes qui ont pour but de marginaliser, étiqueter et humilier (notamment lors de la chasse aux sorcières entre 1993 et 2005). Pour le maire, la présence de Jackson dans la communauté est intolérable. Pourtant Jackson n'a rien fait de mal, mais il est différent, et cette différence est menaçante au regard du maire.


Dans une telle expression artistique, Jackson reconnait clairement ce qu'on lui inflige. Il est défini par des forces extérieures. Il est une entité qu'ils ont monté de toutes pièces, dans leurs esprits. Il chante "Est-ce que c'est effrayant?", "Si tu veux voir / Des bizarreries excentriques, alors je serai grotesque" Il sera grotesque, en d'autres termes, parce que c'est ce que le publique attend. C'est ainsi qu'il a été conditionné. Plus tard dans la chanson, il anticipe les réactions de l'auditeur, en demandant: "Est-ce que je te divertis? Ou est-ce que je t'embrouille? / Suis-je cette bête que tu visualises? Est-il devenu autre chose qu'un humain? Pourquoi cela? Est-ce à cause de son apparence physique? Son identité ambiguë? Sa vie hors du commun? On ne peut nier que Michael Jackson était différent. La question est : Pourquoi cette différence est-elle la source d'un tel abus et d'un tel dénigrement?


L'une des qualités de la vie de Jackson et dans son travail, est cette capacité à refuser sa "différence". Il ne devient jamais "normal". Il ne se conforme jamais aux attentes. Il est fidèle à lui même et inflige son identité unique et multiface à ceux qui, frustrés, voudraient le voir rentrer dans un moule. Ses différences, comme le note Susan Fast étaient impénétrables, incontrôlables et étaient source d'anxiété. S'il te plait Michael, soit noir, soit blanc, soit gay ou hétéro, soit un père ou une mère, soit le père de tes enfants, et non un enfant toi même, pour que l'on puisse orienter notre (in)tolérance. Et n'essaie pas de mélanger tous les codes".


Même 2 ans après sa mort tragique, il semble que beaucoup de personnes ne savent pas quoi penser de Michael Jackson. Il est réduit à l'état de "drogué". Une photo de son corps sans vie est affichée cyniquement sur certains sites. C'est un comportement cruel et abusif que l'on tente de faire passer pour "normal". C'est peut être pour cela que Jackson a choisi de contre-attaquer à l'aide de chansons imprégnées d'une touche gothique. C'est une façon de retourner la situation, de représenter symboliquement le monde tel qu'il lui apparaît: monstrueux et grotesque. Ses "histoires terrifiantes" n'avaient pas pour unique but de divertir.


"Les anormaux sont appelés anormaux", observe l'auteur James Baldwin, "et sont traités comme ils sont traités --abominablement-- parce qu'ils sont des êtres humains qui font écho à ce qu'il y a de plus profond en nous, à nos terreurs abyssales, et à nos désirs. Dans le cas de Jackson "cette terreur et ces désirs des gens" étaient variés: le racisme, la sexualité, l'argent et le pouvoir.
Jackson est devenu l'aimant symbolique sur lequel on projetait toutes ces anxiétés, mais il était aussi une véritable personne qui essayait de vivre sa vie. A la fin d'"Is It Scary" il explique: "Je ne suis pas ce que vous recherchez" avant de révéler à l'auditeur compatissant: "Mais si tu est venu voir/ La sincérité, la pureté/ tu la trouveras dans ce cœur esseulé / Alors commençons le show!"


Curieusement, c'est dans le "show" que l'on retrouve "la sincérité, la pureté." C'est là  qu'il exorcise ses démons, c'est là  que son angoisse se transforme en énergie créative. C'est là  que les murs et les masques tombent. Pour le monde extérieur, il est sûrement un spectacle, une caricature, une personne anormale, mais ici, finalement, au cœur de sa musique, il met son âme à nu/ Il est un être humain.

La question est : Que voit-on au final?



huffingtonpost.com / mjackson.fr


Modifié par angele003, 29 septembre 2013 - 16:21.
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#2 AppleHead03

AppleHead03

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Posté 10 décembre 2011 - 13:39

Merci pour l'article.

J'aime beaucoup ce qu'écrit Joe Vogel, je suis tout à fait d'accord avec ses propos !


Même les critiques musicaux ne pouvaient pas s'empêcher de remplir leurs colonnes de pseudo psychanalyses et d'assauts ad hominem.


Exactement. Image IPB

Les médias classiques n'ont jamais vraiment prêté attention à l'autre Michael Jackson, tout comme ils ne prêtaient pas attention aux "autres" dont il parle dans ses chansons. Ils préfèrent employer des termes et utiliser des sujets simples et profitables- qualifier Jackson de "fou excentrique"-et cela pendant une trentaine d'années.


Image IPB


J'espère vraiment que son ouvrage sera traduit très prochainement en français ! Image IPB

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J'aime les excréments qui ont une forte odeur. (Merci L0u)


#3 Annax

Annax

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Posté 10 décembre 2011 - 13:40

Très bonne analyse! :bravo:

♥ Jesus Christ est né en 1958 avant Michael Jackson ☺

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#4 rainbow

rainbow

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Posté 10 décembre 2011 - 16:52

Merci angele. Cela montre bien comment on traite la "différence" dans notre monde. Les répliques de Michael aux attaques se trouvent dans ses chansons.Mais au final, c'est bien sa musique qui restera.

#5 little.alien

little.alien

    In The Closet

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Posté 14 décembre 2011 - 17:55

La différence est synonyme de marginal dans le mauvais sens du terme dans notre société capitaliste individualiste et pourtant uniformisée. Michael en était un exemple vivant. Même nous, fans de Michael à l'époque où tout le monde le trouvait au mieux has been, au pire pédophile, on était différents. On a eu un vague éclat de ce que Michael connaissait au quotidien.

Psyk, Folk et Flux bientôt en concert à Cramoisy !!!





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